Fatigue Douanière ? Pourquoi la Bourse parie sur la Consommation plutôt que sur la Guerre Commerciale
Les investisseurs délaissent les prétoires pour les tiroirs-caisses. Alors que la bataille juridique sur les tarifs douaniers de l'ère Trump s'intensifie, le marché parie sur une économie résiliente pour porter les portefeuilles, un signal fort pour les géants du CAC 40.
Ce qui s'est passé
Pendant longtemps, la Bourse a réagi aux nouvelles commerciales comme un chat nerveux face à un aspirateur. Chaque mention de taxe douanière faisait dévisser les indices. Mais récemment, les investisseurs se sont forgé une véritable carapace. Un vent d'optimisme souffle sur l'idée que la Cour suprême américaine pourrait bien rogner les ailes des politiques tarifaires agressives héritées de l'administration Trump.
Pourtant, le véritable enjeu ne se situe pas uniquement dans les dossiers juridiques. Si la justice avance à pas de caméléon, l'économie réelle, elle, sprinte. Les investisseurs ne font plus une obsession de chaque point de pourcentage d'une éventuelle taxe à l'importation. Ils observent plutôt des taux de croissance du PIB compris entre 2,5 % et 3 % et se demandent si le consommateur, qu'il soit américain ou européen, peut maintenir le moteur en marche, peu importe les barrières aux frontières.
Comme l'a souligné un analyste de marché senior : « Le marché a largement intégré le bruit géopolitique. Ce qu’il n’a pas encore totalement digéré, c’est la résilience pure du secteur des services. » Ce changement représente un basculement psychologique de la « défense » vers l'« offensive » pour de nombreux acteurs institutionnels, y compris sur les places européennes.
Le jeu des chiffres
Pour comprendre ce changement d'ambiance, il faut regarder les données. Malgré les gros titres sur la « guerre commerciale » ces dernières années, l'économie américaine a récemment affiché un taux de croissance annualisé robuste de 3,3 % (environ 3,1 % en équivalent zone euro) au dernier trimestre de l'année dernière, dépassant de loin les prédictions sombres de récession.
De plus, l'attention se déplace vers les quelque 350 milliards de dollars (environ 325 milliards d'euros) d'échanges annuels impactés par ces litiges. Bien que ce chiffre semble colossal — et il l'est — il représente une part plus faible de l'économie globale qu'il y a cinq ans. Les investisseurs parient que même si la Cour suprême ne casse pas les tarifs, l'économie est désormais assez vaste et diversifiée pour absorber le choc sans flancher.
En bref
- Flou juridique : Les marchés parient de plus en plus sur une limitation du pouvoir de l'exécutif à imposer unilatéralement des taxes.
- La croissance est reine : Avec un PIB qui reste étonnamment solide, le spectre de la récession s'éloigne enfin.
- Pouvoir d'achat : Les dépenses personnelles ont augmenté de 0,7 % selon les derniers relevés, prouvant que les ménages continuent de consommer malgré les frictions commerciales.
- Le pivot : Le récit passe de « Quel sera l'impact des taxes ? » à « Jusqu'où l'économie peut-elle grimper ? »
Pourquoi c'est important
Pourquoi devriez-vous vous soucier de la décision d'un juge à Washington sur le prix de l'acier importé ? Parce que cela change la direction de « l'argent intelligent ». Si la menace d'une guerre commerciale est neutralisée, les capitaux quittent les valeurs refuges comme l'or pour revenir vers des secteurs de croissance comme la tech et l'industrie.
Pour un investisseur français, cela signifie que la performance d'un portefeuille est moins dépendante d'un tweet ou d'un jugement, et davantage liée aux bénéfices réels des entreprises. Si les fleurons du luxe comme LVMH ou les géants industriels du CAC 40 peuvent maintenir leurs marges malgré les obstacles douaniers, ils prouvent leur efficacité et leur résilience — deux qualités que tout investisseur recherche.
De plus, un abandon des politiques protectionnistes pourrait agir comme un frein naturel à l'inflation. Si ces taxes tombent, le coût des produits importés baisse, offrant à la Réserve fédérale (et par ricochet à la BCE) une marge de manœuvre pour envisager ces baisses de taux d'intérêt dont tout le monde rêve.
Le mot de la fin
Wall Street est lassée du feuilleton de la guerre commerciale et semble enfin prête à laisser les indicateurs économiques réels reprendre le dessus.