
Uber en plein carambolage : des records de courses mais un moteur de rentabilité qui tousse
Uber transporte plus de passagers que jamais, mais la Bourse lui inflige un carton rouge après des résultats décevants. La demande record suffira-t-elle à compenser une rentabilité qui patine ?
Ce qu'il s'est passé
Imaginez organiser la plus grande réception de l'année, voir une foule record se bousculer à l'entrée, mais finir la soirée en vous demandant où est passé le bénéfice. C’est, en substance, la semaine que traverse Uber (UBER).
En apparence, les chiffres ressemblent à un tour d'honneur sur les Champs-Élysées. Uber a enregistré un record historique de 7,5 milliards de trajets sur l'année écoulée, prouvant que les citadins ont définitivement troqué la marche pour la banquette arrière d'une berline. Pourtant, l'action a dérapé pour atteindre son plus bas niveau en 10 mois. Pourquoi ? Parce que si la croissance du chiffre d'affaires est au rendez-vous, le bénéfice net n'a pas atteint la ligne d'arrivée fixée par les investisseurs.
Uber a affiché un bénéfice net de 1,1 milliard de dollars (environ 1 milliard d'euros), mais une grande partie de cette somme est liée à des gains comptables sur des investissements en actions. Une fois ce "maquillage" financier retiré, la rentabilité réelle n'avait pas la puissance attendue par les analystes. Comme le souligne un expert du secteur : « Le marché ne se contente plus d'applaudir la croissance ; il veut voir des flux de trésorerie disciplinés et prévisibles. »
En bref
- Une foule au rendez-vous : Le nombre d'utilisateurs actifs mensuels a grimpé à 149 millions, soit une hausse de 15 % en un an.
- Portefeuilles vides : Malgré le record de trajets, le bénéfice par action (BPA) est inférieur aux prévisions, provoquant une vente massive des titres.
- Le dilemme de la livraison : Si les courses VTC explosent, Uber Eats fait face à une concurrence féroce et à des marges réduites, les consommateurs hésitant de plus en plus à payer 20 € pour se faire livrer un burger.
- Chute libre en Bourse : L'action a plongé de plus de 9 % dans la foulée, effaçant des milliards de capitalisation boursière en une seule séance.
Pourquoi c'est important
Ce n'est pas seulement l'histoire d'une mauvaise journée pour une valeur tech. Uber est le baromètre ultime de la « Gig Economy ». Si Uber enregistre une demande record, cela signifie que le consommateur continue de dépenser — nous ne sommes pas encore en période de récession sévère.
Cependant, la réaction des investisseurs signale un changement radical d'ambiance sur les marchés, y compris sur le CAC 40 où la prudence domine. Pendant des années, on a dit aux entreprises technologiques de « croître à tout prix ». Aujourd'hui, le scénario a changé. Wall Street se comporte comme un gestionnaire de patrimoine rigoureux, exigeant des profits réels et durables. Comme l'a déclaré Dara Khosrowshahi, PDG d'Uber : « Nous nous concentrons sur l'effet d'échelle, mais nous savons que la barre de l'excellence a été placée plus haut. »
Si Uber ne parvient pas à transformer un usage record en profits records durant une période de forte demande touristique, la question se pose : que se passera-t-il si l'économie mondiale finit par attraper un rhume ? Cela met également la pression sur ses concurrents comme Lyft (LYFT) ou Deliveroo pour prouver que leurs modèles économiques ne sont pas de simples passe-temps coûteux financés par du capital-risque.
Le mot de la fin
Uber gagne la bataille de nos smartphones, mais mène toujours une guerre pour convaincre la Bourse que multiplier les courses revient automatiquement à remplir les caisses.